Le créateur
Quel a été votre parcours universitaire et professionnel ?

J’ai suivi un cursus d’études juridiques et obtenu un troisième cycle de Droit et un DESS « Banque et Finance ». Il est frappant de voir les analogies pouvant exister entre la règle de droit et la Règle d’un jeu. Les deux sont de portée générale et ont vocation à couvrir une infinité de situations de la plus simple à la plus complexe. Professionnellement, j’ai travaillé dans le milieu bancaire. A cette époque, mes jeux mathématiques étaient déjà créés, dans une version assez épurée. Les contacts que j’ai eus avec la Cité des Sciences et de l’Industrie et le CNDP m’ont progressivement amené à me consacrer essentiellement à cette nouvelle activité qui me passionnait, et à en faire mon métier.

A quels publics scolaires ces jeux mathématiques sont-ils plus particulièrement destinés ? Quelles compétences développent-ils ?

Ils s’adressent à des élèves de profils très divers et ne produisent leur plein effet que s’ils sont pratiqués en situation collaborative, c'est à dire à quatre en deux équipes de deux. Lorsqu’ils sont pratiqués en REP,  ils permettent à certains élèves vifs d’esprit mais en rupture avec les mathématiques de mener à bien  un raisonnement par étape et de conduire mentalement  un grand nombre  calculs à la fois. L’occasion peut ainsi leur être donnée de surprendre favorablement leur enseignant et le groupe qui les entoure. Ils peuvent trouver dans ces pratiques une forte source de valorisation personnelle sur laquelle il est possible de s’appuyer pour les aider à se les réconcilier durablement avec certains apprentissages.Les élèves plus lents (de SEGPA, par exemple), trouveront dans ces jeux mathématiques un outil à partir duquel ils partiront à la conquête de leur propre rationalité et de leur autonomie. La compréhension de l’objectif fixé par le jeu est pour eux un objectif  en soit. Ils prennent plaisir à rechercher les différentes façons possibles de configurer correctement une solution. Ils s’investissent durant de longs moments dans cette réflexion sans se lasser. L’esprit de compétition leur est au début étranger et ils se sentent sécurisés lorsqu’ils s’aperçoivent qu’il y existe une correspondance entre le plan qu’ils projètent et sa traduction pratique dans la situation de jeu. Ces jeux, à condition qu’ils soient bien pratiqués en situation collaborative,  conviennent bien aux élèves  non francophones qui trouvent là l’occasion de s’exprimer spontanément au moyen de structures langagières à la fois simples et répétitives. Ces pratiques incitent le joueur à communiquer avec son partenaire, et les conduisent conceptualiser leur stratégie et à  la traduire avec des mots. L’élève peut faire ainsi l’apprentissage de l’abstraction et accéder aux fondements de la pensée mathématique.Le jeu mathématique devient alors un formidable outil de construction du langage, et il peut favorablement contribuer, pour les mêmes raisons,  à l’apprentissage de la syntaxe d’une langue étrangère. Dans le jeu l’élève est faiblement pénalisé par le vocabulaire dans la mesure où il n’a pas besoin de maîtriser un champ lexical très étendu. Cela lui permet de mieux se concentrer sur le choix des structures correctes à utiliser et de les mobiliser plus spontanément.  Le jeu mathématique est générateur chez l’adolescent d’une valorisation intellectuelle forte et il est possible d’en tirer parti pour créer des rencontres ou mettre en place des compétitions.

Pouvez-vous nous expliquer les principes pédagogiques dont vos jeux mathématiques sont porteurs ?

Il est possible de trouver de nombreuses analogies entre le jeu mathématique et une activité sportive. Les deux génèrent du dépassement de soi, de la collaboration et du lien social. De manière plus spécifique, les jeux mathématiques développent à la fois des compétences liées au calcul mental et à la construction du langage. Ils apportent à l’enfant des enrichissements au niveau de son aptitude à abstraire et à bien raisonner. Ces activités valorisent également le rôle de l’enseignant qui devient à la fois un guide et un régulateur. Toutefois et afin d’accélérer la progression de certains enfants qui en expriment le désir, il est possible de poser le principe du tutorat entre pairs et  par exemple de réunir dans un même binôme un élève de CM2 avec un élève de 4ème.  Le plus jeune des deux joueurs est décideur, le plus âgé est chargé de valider chaque suggestion en soulignant les forces ou les faiblesses du coup proposé.

Les acquisitions ont-elles été évaluées ?

Les premiers tests ont été effectués à Paris en novembre 2001 par Gérard Champeyrache lors de réunions organisées en fin de journée avec des enseignants volontaires de sa circonscription. Ces tests ont ensuite été suivis de nombreuses expériences en classe. J’ai ensuite bénéficié du soutien de l’IREM Paris Nord et de la confiance d’un grand nombre de formateurs IUFM qui m’ont associé à leurs modules de formation (dire, lire et écrire en mathématique). Mes jeux ont été également présentés, utilisés et évalués au cours de stages de liaison « Ecole / Collège » en  région parisienne. De nombreux ateliers ont été organisés par La Cité des Sciences et de l'Industrie à l’intention des classes avec lesquelles elles sont sous contrat.

Pouvez-vous, en quelques mots, nous rappeler les spécificités de vos trois jeux ?

MAGIX 34
 : c’est le jeu le plus enrichissant puisqu’il développe des compétences en géométrie, en calcul mental, en numération voire en algèbre.

DECADEX
 : favorise la mise en place de l’analyse. La charge de calcul étant moins forte que dans le jeu précédemment cité, il est plus facile à l’élève d’entrer dans le langage discursif. On travaille l’addition. Les « compléments à 10 » sont facilement compris et utilisés.

MULTIPLAY : ce jeu répond à un besoin des enseignants qui en comprennent très vite l’utilité. Il prend en charge l’apprentissage ludique de la multiplication. C’est un jeu très « intégrant ». Utilisé à raison d’une ou deux séances par semaines en classe, il permet rapidement l’acquisition des tables.

Quels sont vos projets ?

Je souhaite développer mon action dans l’académie de Paris, notamment

1. auprès des Réseaux d’Education prioritaire, afin d’œuvrer en faveur de la réussite scolaire des élèves :
2.dans le cadre des stages de liaison Ecole / Collège,
3. en intervenant dans des stages de formation continue, et dans les modules de formation initiale des futurs enseignants.

Propos recueillis par Annie-Martine Mignot, coordonnatrice REP pour Paris REP qui est une publication du CAREP, centre Académique de Ressources pour l’Education Prioritaire de Paris. Paris REP n°3 avril 2005.